Le Parc des Schtroumpfs a ouvert ses portes en avril 1989 à Maizières-lès-Metz, en Moselle, sous le nom officiel de Big Bang Schtroumpf. Porté par deux commerçants lorrains, Didier Brenneman et Gérard Kleinberg, le projet s’inscrivait dans un bassin minier en pleine reconversion.
Aujourd’hui, le parc n’existe plus sous cette forme. Le site est exploité par Walygator Grand Est, et les traces du thème Schtroumpf ont été progressivement effacées. Les habitants de Lorraine, eux, n’ont pas oublié.
Un parc Schtroumpf pensé pour le carrefour européen de la Moselle
L’idée de départ reposait sur un pari géographique. Hagondange et Maizières-lès-Metz se trouvent à proximité des frontières allemande, belge et luxembourgeoise. Le parc visait explicitement un public transfrontalier, avec l’ambition de capter les visiteurs de quatre pays.
L’ensemble s’inspirait de l’univers créé par le dessinateur belge Peyo, avec des sculptures et des décors tirés de la bande dessinée.
Les retours de l’époque étaient mitigés. Si certains manèges faisaient le plein et si quelques décors suscitaient l’admiration, l’ensemble restait jugé trop inégal par la presse. Le pari d’attirer des touristes dans une région industrielle en crise demandait une ténacité que le projet n’a pas pu maintenir sur la durée.

Pourquoi le Parc des Schtroumpfs a disparu en France
La disparition du thème Schtroumpf ne s’est pas faite du jour au lendemain. Le parc a changé plusieurs fois de propriétaire et de nom au fil des années. Chaque transition a dilué un peu plus l’identité d’origine.
Le passage sous l’enseigne Walibi, puis sous d’autres exploitants, a marqué la fin progressive du lien avec les personnages de Peyo. Les droits d’exploitation de la licence Schtroumpf n’ont pas été renouvelés, ce qui a entraîné le retrait des décors, des noms d’attractions et de toute la thématisation liée aux petits personnages bleus.
Les difficultés du parc n’étaient pas seulement commerciales, mais aussi liées à des problèmes de gestion et de gouvernance.
Walygator Grand Est : ce qui reste du site original à Maizières-lès-Metz
Depuis novembre 2020, le parc porte le nom de Walygator Grand Est. Il fonctionne toujours sur le même terrain, au nord de Maizières-lès-Metz, à cheval sur la commune d’Hagondange. La stratégie commerciale actuelle cible les familles proches de Metz et Thionville, avec un calendrier centré sur les week-ends, jours fériés et vacances scolaires.
Il ne reste rien de visible du thème Schtroumpf dans le parc exploité aujourd’hui. Les attractions ont été renommées, les décors remplacés. Pour les visiteurs actuels, le lien avec les personnages de Peyo relève de l’anecdote historique.
Un point mérite d’être souligné : le site de l’ancien Parc des Schtroumpfs n’existe plus comme entité visitable autonome. Les contenus en ligne qui évoquent des « vestiges » du parc d’origine font référence à des zones non exploitées du terrain, dont l’accès sans autorisation est illégal et physiquement risqué.
Mémoire du Parc des Schtroumpfs en Lorraine : témoignages et nostalgie
Pour beaucoup d’habitants de Lorraine, le parc représente un marqueur générationnel. Les enfants des années 1989-1995 y ont leurs premiers souvenirs de manèges. Le dessin animé des Schtroumpfs, diffusé massivement à la télévision française, renforçait l’attachement au personnage de Peyo et rendait le parc particulièrement attractif pour les familles.
Ce que les témoignages locaux font ressortir ne relève pas uniquement de la nostalgie. Plusieurs points reviennent :
- La fierté d’un projet né en Lorraine, dans un territoire marqué par la désindustrialisation, où l’idée même d’un parc de loisirs semblait improbable
- Le regret d’une gestion qui n’a pas su pérenniser le concept, malgré un potentiel transfrontalier réel entre la France, l’Allemagne, la Belgique et le Luxembourg
- Une forme d’amertume face aux changements successifs de nom et d’identité, perçus comme une perte de repères pour le territoire

Parc des Schtroumpfs disparu : un cas d’école pour les parcs à thème en France
L’histoire du Big Bang Schtroumpf illustre une difficulté récurrente des parcs à thème français en dehors de l’Île-de-France. Attirer un public suffisant sur la durée, dans une région dont l’image touristique reste associée à l’industrie, suppose un investissement continu dans la thématisation et le renouvellement des attractions.
Le modèle économique initial reposait sur une licence (les Schtroumpfs) et sur un bassin de population transfrontalier. Quand la licence n’a plus été exploitée, le parc a perdu son identité sans parvenir à en reconstruire une aussi forte. Walygator Grand Est fonctionne aujourd’hui sur un positionnement local, loin de l’ambition européenne d’origine.
Les retours terrain divergent sur la fréquentation actuelle du site. Certaines journées récentes ont approché la saturation, ce qui montre que le parc conserve une attractivité réelle pour les familles de la région. Le lien avec l’histoire des Schtroumpfs, en revanche, ne fait plus partie du discours commercial.
Le Parc des Schtroumpfs reste un souvenir vivace pour les Lorrains qui l’ont connu. Sa disparition raconte autant l’histoire d’une licence mal exploitée que celle d’un territoire qui cherchait, à travers les personnages de Peyo, à se réinventer au-delà de son passé industriel.

